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Le Figaro | 14/02/2013 | Par Alexandra Michotlefigaro-cover lefigaro-article

LA MULTIPLICATION DES HÔTELS DESIGN À PARIS DONNE ENVIE AUX COUPLES PARISIENS DE CHANGER DE DÉCOR. POUR UNE PAUSE TENDRESSE...

La dernière expérience en vogue chez les Parisiens? Se glisser dans la peau d'un touriste et sortir de son train-train quotidien le temps d'une pause dans un bel hôtel. Ces dernières années, la capitale a en effet vu fleurir bon nombre d'établissements design, parfois signés par des créateurs en vue ou conçus sur des thèmes attractifs, comme le Platine Hôtel, un quatre-étoiles du XVe arrondissement entièrement dédié à l'univers glamour de Marilyn Monroe. Delphine Juhel, directrice de l'établissement, affiche même une fréquentation à 60 % parisienne. «Nous avons beaucoup de couples habitant Paris ou la proche banlieue parmi nos clients, qui viennent chez nous vivre une expérience, parce que ce type de concept est un voyage en soi. C'est presque une sortie, au même titre qu'un restaurant ou une soirée au théâtre.»

Seul hic, s'offrir une nuit à l'hôtel, quand on vit au rythme de la capitale, peut vite s'avérer cher et compliqué à organiser. Marine*, la petite trentaine et maman d'un enfant de cinq ans, est fan de ce genre d'évasion qui pimente sa vie de couple: «Mais il faut tout de même compter un minimum de 130 euros la chambre, auxquels s'ajoutent les frais de garde pour une nuit, sans compter la course le lendemain matin pour récupérer la petite...» La solution? Renouer avec une pratique vieille comme le monde, qui consiste à louer une chambre d'hôtel en journée, à moindre coût.

RÉDUCTIONS DE - 30 À - 70 %

En fonction du bon vouloir de l'établissement, s'offrir une chambre entre la fin de matinée et le début de l'après-midi coûte souvent moitié moins cher (les réductions vont de - 30 à - 70 %). C'est ce qu'on appelle communément le day-use. «Cela existe depuis très longtemps dans les hôtels situés à proximité des gares et des aéroports pour permettre au personnel navigant, aux agents du rail et aux voyageurs de récupérer», rappelle Hervé Besa, membre de la Confédération des professionnels indépendants de l'hôtellerie (CPIH). Mais pas seulement.

M. Cros, vice-président de la Chambre syndicale des hôteliers de Paris, reconnaît volontiers qu'à une époque, «beaucoup d'hôtels ne vivaient que de ça». Clairement, la clientèle de jour ne venait pas pour s'octroyer une sieste. Ou alors crapuleuse. Une pratique tout à fait légale, puisqu'en l'absence de réglementation, l'hôtelier peut décider de vendre des chambres comme il le souhaite, au tarif qu'il souhaite. Mais qui profitait principalement aux amours illégitimes: le fameux 5 à 7. Qui a pris un méchant coup de vieux. Si l'adultère n'a pas pris une ride, à Paris, «c'est désormais l'heure du déjeuner - entre midi et 14 heures ou plus encore le créneau 13 h-15 h -, qui est le plus prisée», si l'on en croit David Lebée, jeune fondateur du day-use.com, site plutôt chic et glamour qui permet de réserver, discrètement, en journée, des chambres dans de beaux hôtels de la capitale.

UNE VRAIE DEMANDE

C'est en travaillant à l'Hôtel Amour, qui a fait le buzz il y a quelques années en communiquant sur la location de chambre (chic) à l'heure, que David Lebée s'est rendu compte d'une vraie demande non satisfaite. «Beaucoup de femmes qui, à l'idée d'affronter l'oeil goguenard d'un concierge ou par peur de se retrouver dans une ambiance glauque, n'auraient pas osé, sont ravies de pimenter ainsi, entre deux rendez-vous de travail, leur vie de femme.» Car, sur son site, il y a autant de femmes que d'hommes qui réservent. Et les couples légitimes représentent quasiment 40 % de sa clientèle. Les quartiers les plus demandés? «Opéra, Champs-Élysées, Porte Maillot et Porte de Versailles. Surtout en périodes de gros salons», sourit David Lebée.

Pour les hôtels qui ne louent en journée (de 11 heures à 15 heures ou 17 heures), une petite partie de leurs chambres, c'est une façon de se faire connaître (certains clients séduits reviennent pour une nuit entière) et une source de revenus supplémentaires non négligeable, qui ne gêne en rien la clientèle classique. Le «13-15», donc, a de beaux jours devant lui. Encore que... Le day-use tardif, allant grosso modo de 19 heures à 23 heures (le classique dossier à terminer), serait en pleine extension.

*Les prénoms ont été changés